vendredi, 05 juin 2026 10:51

Eversolo au High End de Vienne 2026 : le numérique entre dans l’âge adulte

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Eversolo 2026

Il y a quelques années encore, Eversolo était perçu comme l’un de ces nouveaux acteurs du streaming audio : sérieux, malin, bien placé en prix, doté d’écrans flatteurs et d’une ergonomie qui donnait soudain un petit coup de vieux à quelques gloires installées. Bref, une marque moderne, efficace, presque insolente mais... chinoise !

Mais au salon High End Audio de Vienne 2026, Eversolo semble avoir décidé de changer de registre. La marque ne se contente plus de proposer quelques lecteurs réseau bien conçus. Elle dessine désormais les contours d’un véritable écosystème numérique haute fidélité : transport réseau, DAC séparé, préamplification, horloge externe, amplification de puissance, amplificateur intégré avec streaming. Le message est clair : Eversolo ne veut plus seulement occuper une place sur l’étagère numérique du mélomane moderne ; elle veut s’installer au cœur du système.

Et, avouons-le, cela devient franchement intéressant.

T10 : un transport réseau pensé pour les systèmes ambitieux

T10 vienne

La nouveauté la plus emblématique est sans doute le Eversolo T10 Streaming Transport. Contrairement aux lecteurs réseau intégrant une section de conversion numérique/analogique, le T10 s’adresse avant tout aux utilisateurs déjà équipés d’un DAC externe ou souhaitant construire une architecture numérique plus ambitieuse.

Le T10 adopte un grand écran tactile de 8,6 pouces, une nouvelle interface utilisateur et un châssis aux dimensions plus généreuses que le T8, petit streamer de la marque. Mais le plus intéressant se trouve à l’intérieur : Eversolo annonce une architecture interne physiquement séparée, isolant le cœur système, l’alimentation et les circuits audio de précision. L’objectif est évident : réduire les interférences électriques avant même qu’elles ne viennent polluer les sorties numériques.

L’alimentation repose sur un transformateur linéaire torique de type O, tandis que la gestion d’horloge fait appel à un oscillateur OCXO associé à une optimisation PLL. Le T10 accepte également une horloge maître externe en 10 MHz et 25 MHz, avec compatibilité d’impédance 50 ohms et 75 ohms. Voilà qui parlera aux amateurs de chaînes numériques très soignées, ceux qui savent qu’un câble numérique n’est pas seulement “un fil qui transporte des 0 et des 1” — phrase généralement prononcée juste avant une longue soirée de débat, parfois sans survivants.

La connectique est complète : sorties IIS (hdmi), USB Audio, AES/EBU, coaxiale et optique. Les sorties IIS et USB Audio acceptent jusqu’au DSD512 natif et au PCM 768 kHz / 32 bits, tandis que les sorties optique, coaxiale et AES/EBU montent jusqu’au PCM 192 kHz / 24 bits et au DoP64 (dsd 64).

Côté réseau, le T10 dispose d’une entrée Ethernet 2,5 Gb et d’une interface SFP fibre optique (le bonheur !), une solution très intéressante pour isoler électriquement le lecteur réseau du reste de l’infrastructure informatique. Ceux qui, comme nous, utilisent déjà la fibre locale entre réseau et transport numérique comprendront immédiatement l’intérêt de cette approche.

Le stockage n’est pas oublié : deux emplacements M.2 NVMe permettent d’atteindre jusqu’à 16 To de capacité totale. Eversolo annonce également 8 Go de RAM et 64 Go de stockage interne, avec une gestion de bibliothèque capable d’indexer environ 200 000 pistes en deux heures. Les principaux services de streaming sont bien sûr annoncés : Qobuz, TIDAL, Apple Music, Amazon Music, Deezer, SoundCloud, TuneIn, ainsi que les protocoles attendus comme DLNA, TIDAL Connect, Qobuz Connect et Spotify Connect Lossless.

Le tarif annoncé est d' environ 2 600 euros ttc, les disponibilités précises restant à confirmer selon les marchés.

DMP-A8 Gen 2 : le hub numérique se muscle

Autre annonce majeure : les DMP-A8 Gen 2 et DMP-A8 Master Edition Gen 2. Le DMP-A8 original avait déjà marqué une étape importante pour Eversolo. Il ne s’agissait plus simplement d’un lecteur réseau, mais d’un véritable centre de contrôle numérique : streamer, DAC, préamplificateur analogique, serveur musical.

La seconde génération conserve cette philosophie, mais avec une présentation revue, un écran plus grand, une interface modernisée et une architecture technique plus ambitieuse.

Le DMP-A8 Gen 2 adopte lui aussi un écran tactile de 8,6 pouces. Sa section numérique repose sur une architecture AKM AK4191EQ + AK4499EX, capable de traiter le DSD512 natif et le PCM jusqu’à 768 kHz / 32 bits. Eversolo annonce des mesures très poussées, avec un taux de distorsion et bruit pouvant descendre à 0,000075 %, ainsi qu’un rapport signal/bruit et une plage dynamique pouvant atteindre 129 dB.

Mais ce qui rend le DMP-A8 Gen 2 particulièrement intéressant pour un usage haute fidélité, c’est sa section préamplificatrice analogique entièrement symétrique. Elle offre jusqu’à +10 dB de gain analogique et utilise un contrôle de volume par réseau de résistances R-2R de haute précision. Cette approche vise à éviter les limites d’une atténuation numérique trop brutale, notamment lorsqu’on utilise l’appareil directement en préamplificateur devant un bloc de puissance.

En clair : le DMP-A8 Gen 2 ne veut pas seulement être une belle source numérique. Il veut devenir le centre nerveux d’un système complet.

La connectique suit cette logique : entrées numériques optique et coaxiale, entrées analogiques RCA et XLR, sorties numériques USB Audio et AES/EBU, interface réseau SFP fibre, sortie subwoofer dédiée, mémoire vive de 8 Go, stockage interne de 64 Go et gestion avancée des bibliothèques locales.

T8 Gen2

DMP-A8 Master Edition Gen 2 : le retour du CD par la grande porte

La version Master Edition Gen 2 va encore plus loin. Elle ajoute un lecteur CD intégré à chargement par le dessus, optimisé selon Eversolo pour réduire le bruit mécanique, améliorer la stabilité de lecture et renforcer la correction d’erreurs.

C’est un choix plus intéressant qu’il n’y paraît. Le CD devait disparaître, nous avait-on dit. Comme souvent dans notre métier, on enterre beaucoup de choses qui continuent ensuite de chanter dans un coin du salon. Le vinyle est revenu par la grande porte, le streaming s’est imposé comme usage quotidien, mais les collections de CD n’ont pas disparu. Beaucoup de mélomanes possèdent encore plusieurs centaines, parfois plusieurs milliers de disques, et ne souhaitent pas forcément multiplier les appareils.

Un streamer haut de gamme intégrant une lecture CD soignée peut donc avoir beaucoup de sens, surtout si l’ensemble conserve une vraie cohérence numérique.

La Master Edition ajoute également une architecture d’horloge plus poussée, avec "four" OCXO, technologie PLL et entrée pour horloge externe. Là encore, Eversolo s’adresse à une clientèle plus experte, plus exigeante, celle qui envisage la chaîne numérique comme un ensemble complet : source, horloge, conversion, préamplification, amplification.

Les DMP-A8 Gen 2 et DMP-A8 Master Edition Gen 2 sont annoncés pour le troisième trimestre 2026. Les tarifs n’ont pas encore été communiqués.

La C10 : l’horloge externe qui pourrait bien devenir l’accessoire le moins accessoire de la gamme

Parmi les nouveautés annoncées, nous attendons également avec une certaine impatience l’arrivée de la Eversolo C10 Precision Master Clock. L’objet peut sembler, pour le profane, relever de l’accessoire ésotérique réservé à quelques audiophiles déjà bien atteints — catégorie à laquelle, il faut bien l’avouer, nous appartenons parfois avec une forme de dignité très relative.

Et pourtant, dans une chaîne numérique ambitieuse, la question de l’horloge n’est pas anecdotique. Elle touche à la stabilité du signal, à la précision temporelle, à cette fameuse réduction du jitter dont on parle beaucoup, parfois trop, mais dont les effets peuvent s’entendre lorsque toute la chaîne est suffisamment résolutive.

Avec la C10, Eversolo semble vouloir proposer une horloge maître capable d’accompagner ses nouvelles sources numériques, en particulier le T8, le Z10, le T10 et le DMP-A8 Gen 2 / Master Edition Gen 2, tous annoncés avec une compatibilité pour horloge externe. L’intérêt est évident : permettre à l’audiophile d’aller plus loin dans l’optimisation de sa source numérique, non pas en changeant encore une fois de streamer ou de DAC, mais en travaillant sur la qualité même du signal qui circule entre les appareils.

C’est une approche que nous trouvons particulièrement intéressante chez Opus51. Depuis plusieurs années, nous constatons que la partie numérique d’un système haute fidélité ne peut plus être traitée comme un simple appendice pratique. Le réseau, l’alimentation, les liaisons numériques, les interfaces fibre, les câbles, les horloges : tout cela participe au résultat final. Parfois subtilement, parfois de manière beaucoup plus évidente que prévu — ce qui a toujours le don d’agacer ceux qui aiment que le monde soit simple.

La C10 pourrait donc devenir un élément important de cette nouvelle architecture Eversolo. Non pas comme une baguette magique, car la haute fidélité en manque cruellement malgré les promesses de certains marchands de poudre dorée, mais comme un outil sérieux d’optimisation pour les systèmes déjà bien construits. Associée à un transport comme le T10 et à un DAC de haut niveau, elle pourrait permettre de gagner en stabilité, en lisibilité, en focalisation de l’image sonore et en naturel de restitution.

Reste, évidemment, à l’écouter. Mais sur le papier, cette horloge externe confirme qu’Eversolo ne pense plus seulement ses produits comme des appareils isolés. La marque construit désormais une véritable chaîne numérique cohérente, évolutive, pensée pour les audiophiles qui veulent aller au bout de la démarche.

DAC-R8, AMP-F8, AMP-F6 et SA200 : vers un vrai système Eversolo

Gamme2026 2

Au-delà du T10, du DMP-A8 Gen 2 et de la C10, Eversolo présente à Vienne une gamme élargie qui confirme cette volonté de structurer une offre complète.

Le DAC-R8 marque l’arrivée d’un convertisseur séparé fondé sur une architecture R2R 24 bits, avec modes NOS et OS (oversampling ou pas) sélectionnables, ainsi qu’une conception analogique entièrement symétrique. C’est un choix intéressant, car le R2R attire aujourd’hui de nombreux audiophiles à la recherche d’une restitution plus organique, plus incarnée, parfois moins “chirurgicale” que certaines conversions delta-sigma. Bien entendu, seul un essai permettra de savoir si la promesse musicale suit la fiche technique.

Côté amplification, Eversolo annonce deux blocs de puissance. L’AMP-F8, en classe AB, utilise une alimentation linéaire torique annoncée à 800 Va et peut délivrer jusqu’à 500 W sous 8 ohms en mode bridgé. L’AMP-F6, plus compact, fait appel à des modules GaN et annonce 225 W par canal sous 8 ohms, ou 450 W par canal sous 4 ohms.

Enfin, l'amplificateur intégré SA200 combine streaming, conversion numérique/analogique et amplification dans un seul châssis, avec une puissance annoncée jusqu’à 320 W par canal sous 4 ohms. Ce type d’appareil répond à une demande très actuelle : moins de boîtes, moins de câbles, moins de complications, mais une ambition sonore réelle. En somme, le rêve de beaucoup de mélomanes qui souhaitent écouter de la musique sans transformer leur salon en salle des machines du Nautilus.

Une stratégie qui change la perception de la marque

Ce qui frappe dans ces annonces, ce n’est pas seulement le nombre de produits. C’est la cohérence de l’ensemble.

Eversolo semble vouloir passer du statut de spécialiste du streamer intelligent et bien placé à celui de constructeur complet dans l’univers numérique haute fidélité. La marque propose désormais une lecture plus traditionnelle de la chaîne hi-fi — transport, horloge, DAC, préamplification, amplification — mais en partant des usages numériques contemporains : streaming, stockage SSD, fibre optique, grands écrans tactiles, bibliothèques locales, compatibilité avec les services en ligne.

C’est précisément là que les choses deviennent intéressantes pour les audiophiles d’aujourd’hui. Le numérique n’est plus un simple accessoire posé à côté de l’amplificateur. Il devient le cœur du système. Encore faut-il qu’il soit conçu avec la même rigueur que les électroniques analogiques auxquelles nous accordons depuis toujours tant d’attention.

Eversolo semble l’avoir compris.

Notre regard chez Opus51

Chez Opus51, nous suivons Eversolo avec attention depuis plusieurs années. La marque a su imposer une ergonomie moderne, une excellente stabilité d’usage et un rapport prestations/prix souvent difficile à ignorer. Mais avec cette nouvelle salve de produits présentée à Vienne, Eversolo franchit un cap.

Le streamer T10 apparaît comme une évolution très logique pour les systèmes déjà équipés d’un DAC externe de qualité. Son interface fibre, ses sorties numériques complètes, son alimentation linéaire, son horloge interne soignée et sa compatibilité avec une horloge externe en font un transport réseau particulièrement prometteur.

Le DMP-A8 Gen 2, lui, semble vouloir devenir une solution centrale pour les mélomanes qui souhaitent piloter tout un système depuis un seul appareil, sans renoncer à une vraie section analogique. Quant à la Master Edition Gen 2, avec son lecteur CD intégré, elle adresse directement ceux qui n’ont jamais vraiment tourné la page du disque argenté — et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit.

Mais c’est peut-être l’association du streamer T10, du DAC Z10 (déjà en écoute chez Opus51) et de la C10 Precision Master Clock qui nous intrigue le plus. Ce trio pourrait constituer une base numérique particulièrement ambitieuse : un transport réseau sérieux, un convertisseur haut de gamme et une horloge externe destinée à pousser l’optimisation encore plus loin.

Il faudra naturellement juger sur pièces, oreilles ouvertes et café pas trop loin. Mais cette nouvelle génération Eversolo donne le sentiment que la marque ne cherche plus seulement à séduire par l’ergonomie ou le rapport qualité/prix. Elle veut désormais parler aux audiophiles exigeants, à ceux qui savent qu’une source numérique ne se résume pas à une application confortable et à un joli écran tactile.

Nous avons vu passer trop de produits prometteurs pour nous laisser séduire uniquement par des chiffres. Mais nous avons aussi assez d’expérience pour reconnaître quand une marque commence à bâtir quelque chose de cohérent.

Et là, manifestement, Eversolo ne vient plus seulement jouer les trouble-fête. Elle vient construire une gamme.

Nous suivrons donc avec une grande attention l’arrivée de ces nouveautés en France, et nous ne manquerons pas de les écouter dès que possible chez Opus51. Parce que, même après tant d’années à tester du matériel, il reste toujours ce petit plaisir coupable : découvrir qu’un nouveau produit peut encore nous surprendre.

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