Un héritage qui traverse les générations
Ah, l'Eversolo A6... Quand cette marque a débarqué sur nos terres avec son premier DMP-A6, c'était un peu comme ces découvertes inattendues que l'on fait en dérivant des sentiers battus dans les montagnes du Nord-Vietnam. Personne ne s'attendait à ce qu'une proposition si équilibrée, si aboutie, vienne bousculer l'establishment des lecteurs réseau. Élégant comme un temple khmer au coucher du soleil, moderne comme les gratte-ciels de Tokyo, et surtout accessible au commun des mélomanes que nous sommes.
La Master Edition première du nom était déjà venue polir ce diamant brut. Les ingénieurs avaient alors choyé chaque composant avec la minutie d'un orfèvre cambodgien façonnant l'argent. L'horloge, cette pièce maîtresse du tempo musical, avait été repensée avec une précision d'horloger suisse. L'alimentation, nettoyée, purifiée, comme ces sources cristallines que l'on découvre au détour d'un sentier de trek dans les monts Annamites.
La maturité d'une seconde génération
Et maintenant, voici donc la seconde génération. Sobrement baptisée DMP-A6 Master Edition Gen 2, elle me fait penser à ces vieux guides de montagne rencontrés dans les vallées reculées du Laos : ils ont gardé toute leur fougue d'antan, mais y ont ajouté cette patine de l'expérience, cette assurance tranquille qui ne vient qu'avec les années et les chemins parcourus.
Cette nouvelle mouture reprend tous les acquis de son aînée - cette base solide comme les fondations de granit d'Angkor Wat - et y insuffle une maturité technique que seuls des mois de retours d'utilisateurs et de perfectionnements silencieux peuvent apporter. Les développeurs ont écouté, observé, affiné, à la manière de ces artisans thai qui polissent inlassablement leurs créations jusqu'à atteindre cette perfection presque invisible à l'œil nu mais si tangible à l'usage.
Il y a dans cette approche quelque chose qui me rappelle ces longues soirées passées dans les guesthouses de Pai ou de Vang Vieng, où les voyageurs aguerris partageaient leurs astuces, leurs découvertes, leurs erreurs aussi. C'est cette sagesse collective, ce savoir-faire transmis et enrichi de génération en génération, que je retrouve dans cette évolution du DMP-A6.
Le café laotien refroidit doucement. Dehors, le jour hésite encore. Dans quelques instants, je presserai sur "play" et laisserai cette machine me raconter son histoire, note après note, comme autant de souvenirs sonores d'un voyage immobile vers l'excellence.
Présentation & Construction
Le DMP-A6 Master Edition Gen 2 conserve le format compact de son prédécesseur (27 cm de large pour moins de 3,5 kg), mais se distingue par une finition légèrement revue : façade en aluminium brossé, large écran tactile couleur 6 pouces en façade, et une interface encore plus fluide. La construction inspire confiance, avec un châssis rigide et des détails soignés qui tranchent avec le look parfois « boîte à outils » de certains streamers concurrents.
L’ergonomie repose essentiellement sur l’écran tactile et sur l’application Eversolo Control, disponible sur iOS et Android. Navigation dans la bibliothèque, accès aux services de streaming (Qobuz, Tidal, Spotify, Deezer, Amazon Music, etc.), gestion des playlists : tout est accessible et lisible. L’interface graphique est rapide, intuitive, et la personnalisation (affichages, vignettes albums, visualiseurs de VU-mètre) rend l’expérience plaisante au quotidien.
La connectique reste l’une des plus complètes de la catégorie : sorties numériques (USB, HDMI, I2S, coaxial, optique), sorties analogiques symétriques (XLR) et asymétriques (RCA), ports USB pour disques externes ou SSD interne optionnel, Ethernet et Wi-Fi. Bref, difficile de prendre en défaut ce lecteur, quelle que soit la configuration.
Caractéristiques techniques
Sous le capot, l’Eversolo DMP-A6 Master Edition Gen 2 embarque une section DAC repensée. La conversion repose sur deux puces ESS Sabre ES9039Q2M, utilisées en configuration double mono. Eversolo annonce une amélioration de la gestion du jitter grâce à une horloge de précision femtoseconde et une alimentation linéaire blindée, alimentée par des régulateurs discrets à faible bruit.
La compatibilité de lecture couvre tous les formats haute résolution : PCM jusqu’à 768 kHz, DSD512 en natif, et décodage complet MQA. Les services de streaming sont directement intégrés, avec en prime la compatibilité Roon Ready, DLNA et AirPlay.
Particularité qui séduit les audiophiles curieux : le DSP intégré. On y retrouve un égaliseur paramétrique (PEQ), un ajustement du crossfeed, un contrôle de loudness, et la possibilité de gérer le suréchantillonnage selon ses préférences. Des fonctionnalités que l’on ne rencontre habituellement que dans des appareils plus onéreux, et qui ouvrent des perspectives intéressantes pour adapter finement l’écoute à son système et à sa pièce.
- Double DAC ES9038Q2M (décodage symétrique canal par canal, formats Hi-Res jusqu’à 32 bits/768 kHz et DSD512)
- Section préampli optimisée avec des amplis op OPA1612 (distorsion 0,000015% à 1kHz, bruit ultra faible)
- Alimentation linéaire ultra faible bruit (<40uV), garantissant une alimentation impeccable et stable aux circuits audio
- Horloge Accusilicon Femtoseconde ultra faible jitter : la gestion de l’horloge est nettement améliorée, avec des oscillateurs d’une précision extrême pour la réduction du jitter
- Ecran tactile 6 pouces Retina d’une grande clarté pour un contrôle intuitif et un affichage convivial
- Châssis aluminium argenté de grade aérospatial : protection mécanique et look haut de gamme
- Contrôle facile via l’écran, application mobile dédiée, ou interfaces web
- Compatibilité totale avec Qobuz, Tidal, Amazon Music, Spotify, Roon, DLNA, AirPlay, Bluetooth, HDMI ARC
- Fonctions avancées : HDMI ARC, support multiroom, gestion locale (SSD jusqu’à 4To en interne), gapless, ripping CD, affichage vumètres analogiques sur l’écran
Entrées
- HDMI ARC : pour récupérer le son d’un téléviseur ou vidéoprojecteur
- Coaxiale numérique (S/PDIF)
- Optique numérique (Toslink)
- USB-B : pour connexion directe à un ordinateur
- USB-A (x2) : pour disque dur externe, clé USB, lecteur CD ou autre périphérique USB audio
- Bluetooth (réception)
- Ethernet RJ45 : connexion filaire réseau
- Wi-Fi intégré : streaming réseau et contrôle à distance
- Emplacement SSD interne (2,5”, jusqu’à 4 To) pour stockage de musique locale
Sorties
- RCA analogique (asymétrique)
- XLR analogique (symétrique)
- Optique numérique (Toslink)
- Coaxiale numérique (S/PDIF)
- USB-A audio : pour DAC externe compatible
- HDMI (multicanal PCM/DSD) : transmission de flux audio vers un home cinéma ou DAC compatible
Mise en œuvre
L’installation du DMP-A6 Master Edition Gen 2 ne pose aucune difficulté : une fois connecté au réseau, il est immédiatement opérationnel, que ce soit via l’application maison ou depuis un logiciel tiers. L’écran tactile permet une utilisation sans smartphone, pratique pour les plus réfractaires aux applications.
Dans un système Hi-Fi, il peut être intégré de plusieurs façons :
- en lecteur réseau relié à un DAC externe via USB/I2S,
- en source autonome grâce à sa section DAC interne de haut niveau,
- en hub multimédia complet si l’on exploite ses sorties HDMI pour la vidéo.
La seconde génération apporte une meilleure stabilité réseau, un firmware plus abouti, et une gestion des bibliothèques locales encore optimisée. L’impression générale est celle d’un appareil qui a gagné en maturité et qui se rapproche, dans son comportement, de modèles bien plus onéreux.
Tarif au 01-09-2025 : 1.300 € ttc.
Lien boutique web Opus 51 : Eversolo DMP-A6 MA Gen2
Les conditions d'écoute : quand l'art rencontre la géométrie
La seconde tasse de café a coulé, aussi lentement que le temps dans ces après-midis interminables de Hoi An. Je m'accorde quelques minutes de rêverie, les yeux perdus vers cette fenêtre, mais mon esprit vagabonde vers ces rues de Taipei au mois d'avril. Ces matins-là, ah ! cette lumière si particulière, douce et orangée comme un thé oolong de haute montagne, venait caresser les toitures des temples et leur conférait cette beauté irréelle que seule l'Asie sait offrir. Cette même douceur dorée que je cherche maintenant dans chaque note, dans chaque silence entre les accords.
Pour accompagner dignement l'Eversolo dans cette exploration sonore, j'ai choisi de lui adjoindre l'amplificateur stéréo Rega Elex de quatrième génération. Un choix qui n'est pas un hasard : cette électronique britannique a cette sobriété efficace, cette absence d'artifice que j'ai apprise à apprécier lors de mes errances dans les monastères de Thailande. Pas de fioriture, pas d'esbroufe, juste l'essentiel exprimé avec une justesse désarmante.
Les enceintes Martin Logan ESL trônent avec leur prestance électrostatique, pareilles à ces statues de Bouddha que l'on découvre soudain au détour d'un sentier forestier. Leur membrane tendue capture l'air musical avec la délicatesse d'une soie tissée dans les ateliers de Hué. Le tout est relié par ces câbles en argent de la marque Albedo Silver - un investissement qui m'a rappelé ces marchés aux pierres précieuses de Mogok, où chaque pépite révèle sa vraie nature sous l'œil expert de l'acheteur avisé.
Le sanctuaire jaune : géométrie sacrée de l'écoute
Mon salon audio, que j'ai surnommé affectueusement "le sanctuaire jaune" pour ses murs couleur safran clair qui peuvent évoquer les robes des moines de Luang Prabang, s'étend sur environ vingt mètres carrés. Le plafond culmine à quatre mètres, créant ce volume généreux qui permet aux ondes sonores de se développer comme ces volutes d'encens dans les pagodes thaïlandaises.
Je me suis installé dans mon fauteuil d'écoute, ce vieux compagnon de cuir patiné qui a vu défiler tant d'albums, tant de découvertes musicales. Il trône à la pointe du fameux triangle d'écoute, cette géométrie sacrée de l'audiophile que j'ai apprise à respecter comme on respecte l'orientation d'un temple khmer. Les Martin Logan ESL sont espacées de deux mètres l'une de l'autre, suffisamment pour créer cette scène sonore large comme l'horizon sur le Mékong au coucher du soleil. Elles se dressent à un mètre environ des murs arrière, cette distance critique qui permet aux dipôles électrostatiques de respirer, de développer cette profondeur de champ sonore qui me rappelle l'acoustique naturelle de certaines grottes calcaires découvertes dans la baie d'Halong.
Dans cette configuration, chaque élément trouve sa place comme les pièces d'un puzzle millénaire. L'acoustique de la pièce, ni trop sèche ni trop réverbérante, évoque ces salles de méditation où chaque souffle résonne juste ce qu'il faut pour accompagner la contemplation sans jamais la troubler.
Brian May & Kerry Ellis – Acoustic by Candlelight (Live from the United Kingdom)
D'ordinaire, mes explorations sonores débutent rituellement par quelque standard de jazz ou par l'une de ces symphonies qui ont façonné mon goût musical au fil des décennies. Mais ce matin, une impulsion différente s'est emparée de moi. L'envie d'une intimité, d'une vérité dépouillée m'a guidé vers Acoustic by Candlelight de Brian May et Kerry Ellis. Un enregistrement qui porte en lui cette authenticité rare des concerts à dimension humaine, loin des productions léchées des studios modernes.
Deux reprises en particulier ont accompagné cette première prise de contact avec la machine : le Something des Beatles, ce bijou de mélancolie que Harrison avait ciselé avec tant de tendresse, et un Queen revisité dans sa plus pure essence, Crazy Little Thing Called Love, dépouillé de ses artifices rock pour retrouver son âme country originelle.
Et que dire du résultat, sinon que l'Eversolo DMP-A6 Master Edition Gen 2 semble avoir saisi l'essence même de ce qui fait la beauté d'un enregistrement live ? Les voix se déploient avec un naturel désarmant, incarnées, présentes, comme si Kerry Ellis avait pris place dans mon salon jaune pour me livrer ses confidences. Aucun artifice, aucune coloration parasite ne vient s'interposer entre l'émotion brute et mon oreille. Brian May, lui, semble avoir posé sa guitare acoustique juste là, entre les enceintes, ses doigts caressant les cordes avec cette délicatesse que seuls les maîtres possèdent.
Les guitares se révèlent précises et ciselées, mais jamais chirurgicales, conservant cette chaleur organique qui fait qu'une note de guitare acoustique vous touche au plexus plutôt qu'à l'intellect. L'Eversolo évite cet écueil moderne qui consiste à disséquer la musique jusqu'à l'aseptiser. Non, ici, l'analyse reste au service de l'émotion.
L'abondance de micro-informations saisit immédiatement l'attention : ces frottements de cordes qui crissent doucement sous les doigts, ces respirations presque inaudibles des interprètes entre les phrases, ces résonances subtiles de la salle de concert qui donnent ce relief, cette profondeur à l'ensemble. Tout cela témoigne d'un rapport signal/bruit particulièrement soigné, fruit de cette électronique affinée génération après génération.
Quant à la fluidité générale de la restitution, elle ne laisse planer aucun doute : le jitter, cet ennemi sournois des lecteurs numériques, semble parfaitement dompté. La musique coule comme une évidence, sans accroc, sans cette nervosité numérique qui transforme parfois l'écoute en exercice de concentration plutôt qu'en abandon mélodique.
Henri Texier – An Indian's Life
Les écoutes se poursuivent naturellement avec le magnifique album de Henri Texier, An Indian's Life. Batterie nerveuse, contrebasse profonde et charnelle, cuivres qui éclatent par vagues successives, voix féminines qui s'immiscent par touches délicates : tout ici respire le jazz libre dans sa plus belle expression, cette musique qui refuse les cadres pour mieux toucher l'âme. Un bonheur pour l'oreille du mélomane averti, un terrain de jeu idéal pour éprouver les capacités de restitution de cette électronique chinoise.
Et là, il faut bien l'avouer, l'évidence s'impose avec la force d'une révélation : à son tarif, l'Eversolo DMP-A6 Master Edition Gen 2 apparaît comme un appareil littéralement hors de son temps.
La mémoire me ramène vingt années en arrière, quand la hi-fi numérique balbutiait encore ses premiers mots. Pour obtenir une qualité d'écoute comparable sur de la musique dématérialisée, il fallait alors consentir à un investissement d'au moins sept mille euros - et encore, en choisissant avec un soin méticuleux la marque et le modèle, en naviguant dans cette jungle de constructeurs qui promettaient monts et merveilles sans toujours tenir leurs promesses.
Peu d'entre eux savaient alors atteindre ce niveau de fluidité et de naturel dans le rendu sonore que propose aujourd'hui cette machine à un tarif qui, osons le mot, confine au miracle économique. C'est là tout le paradoxe de notre époque : alors que l'inflation grignote le pouvoir d'achat du mélomane moyen, voilà qu'une marque venue d'ailleurs démocratise l'accès à l'excellence sonore.
Cherchant tout de même la petite bête - car vous pourriez légitimement suspecter que je sois vendu à cette marque chinoise qui bouscule nos habitudes occidentales - je noterai un rendu dynamique qui aurait pu se montrer un brin plus extraverti. Sur les crescendos de Texier, on ressent parfois l'envie que la machine lâche davantage les chevaux, qu'elle nous emporte avec plus d'élan dans ces montées d'adrénaline pure que seul le jazz libre sait provoquer.
Mais pour le reste, difficile de formuler la moindre critique constructive : timbres justes et crédibles qui respectent la personnalité de chaque instrument, image sonore tridimensionnelle avec un placement des musiciens d'une précision cartographique - je situe sans peine la contrebasse légèrement décentrée vers la gauche, les cuivres qui émergent du fond de scène pour venir percuter l'avant-plan. Et surtout, par-dessus tout, cette fluidité naturelle qui fait oublier le côté numérique de la source, défaut encore trop souvent perceptible en cette année 2025, même sur certains convertisseurs ou streamers autrement plus onéreux et prétentieux.
L'Eversolo accomplit ce petit miracle de nous faire oublier qu'il existe, se contentant de servir la musique avec cette abnégation que seuls les véritables serviteurs de l'art musical possèdent. Un rapport qualité-prix qui, franchement, interroge sur l'avenir de cette industrie hi-fi parfois trop encline à confondre prix élevé et qualité sonore.
Gustav Mahler – Symphonies complètes
Ces premières impressions n'étaient que l'échauffement. Les véritables révélations sont venues lors de ces longues heures passionnantes qui ont suivi, quand j'ai décidé de mettre cette machine à l'épreuve de l'endurance. Installé dans mon fauteuil avec la monumentale biographie de Gustav Mahler par Henry-Louis de La Grange - cette somme de plus de trois mille pages qui constitue sans doute l'une des plus belles entreprises musicologiques de notre époque - j'ai laissé l'Eversolo DMP-A6 Master Edition Gen 2 m'accompagner dans l'exploration de cette œuvre-vie tentaculaire.
Page après page, mouvement après mouvement, les lieder ont défilé avec leurs tourments existentiels, puis sont venues les symphonies dans leur ordre chronologique : cette Première encore imprégnée de romantisme tardif, la Résurrection avec ses élans mystiques, la Troisième et son cosmos panthéiste, jusqu'à cette Dixième inachevée qui porte en elle tous les pressentiments d'un monde qui s'effondre. Huit heures d'écoute continue ou presque, sans jamais que ne surgisse la moindre lassitude ni cette petite voix intérieure qui murmure insidieusement : « et si tu changeais de système pour un ensemble dix ou vingt fois plus coûteux ? »
Car c'est bien là le test ultime de toute électronique audio digne de ce nom : non pas éblouir pendant quelques minutes avec un extrait choisi, mais accompagner fidèlement l'auditeur dans ces longs voyages immobiles que seule la grande musique sait offrir.
L'Eversolo a passé cette épreuve avec les honneurs, révélant symphonie après symphonie sa capacité à maintenir cette justesse de ton, cette cohérence timbrale qui permet de se laisser porter par le flux musical sans jamais être rappelé brutalement à la réalité technique.
Bien sûr, et la lucidité m'oblige à le reconnaître, je sais qu'un système haut de gamme - une de ces chaînes qui coûtent le prix d'une belle automobile - m'aurait offert une expérience différente, plus ample dans son développement spatial, plus incarnée dans sa présence physique. Chaque musicien de l'orchestre aurait sans doute gagné en relief, en individualité, comme si j'avais pu distinguer le souffle de chaque instrumentiste au sein de cette masse orchestrale que Mahler maniait avec tant de génie.
Mais paradoxalement, et c'est là une découverte inattendue de cette longue session d'écoute, je n'en aurais peut-être pas supporté l'intensité dans la durée. Cette hyperprésence, cette vérité sonore poussée à l'extrême aurait probablement envahi mon espace vital au point de m'interdire la lecture, de transformer cette communion tranquille entre musique et littérature en confrontation épuisante. Car il y a des moments où l'excellence absolue peut devenir tyrannique, où la perfection technique nuit à la contemplation sereine.
Ici, avec l'Eversolo, l'équilibre atteint frôle la perfection philosophique : une restitution vivante et détaillée qui révèle la richesse de l'œuvre mahlerienne, fluide comme une conversation à voix basse, mais qui sait s'effacer devant l'œuvre pour me laisser dans cette bulle intime où lecture et musique dialoguent avec un naturel confondant. Cette discrétion intelligente, cette capacité à servir sans s'imposer, voilà peut-être la plus belle qualité de cette machine qui réinvente les codes du rapport qualité-prix dans l'univers de la hi-fi connectée.
Conclusion
L’Eversolo DMP-A6 Master Edition Generation 2 s’impose comme un lecteur réseau/DAC hors du commun dans sa catégorie de prix. Design soigné, interface fluide, connectique complète, DSP intégré, compatibilité quasi universelle, et surtout une restitution sonore fluide, naturelle et vivante, qui dépasse largement ce que l’on était en droit d’attendre il y a encore quelques années dans cette gamme tarifaire. Qu’il s’agisse de variété intimiste (Brian May & Kerry Ellis), de jazz libre (Henri Texier), ou de monuments symphoniques (Mahler), le Gen 2 a su se montrer à la hauteur, avec des timbres crédibles, une scène tridimensionnelle bien étagée, et une musicalité jamais prise en défaut.
Certes, on pourra lui reprocher une dynamique parfois un peu retenue, moins extravertie que sur des électroniques haut de gamme, mais ce n’est qu’un détail tant l’équilibre global séduit. La comparaison avec les lecteurs de la génération précédente est sans appel : pour obtenir un tel niveau de fluidité et de naturel, il fallait jadis dépenser des sommes astronomiques.
Et c’est bien là que se situe le paradoxe. Car si le rapport qualité/prix de cet Eversolo est tout simplement exceptionnel, il porte aussi en lui une ombre inquiétante. Cet appareil n’est pas produit en Europe, et sa politique commerciale – imposée par le fabricant chinois ou par son distributeur français, nul ne le sait exactement – fragilise dangereusement le tissu des points de vente spécialisés indépendants. Pour nous, experts et conseillers passionnés, la marge brute laissée sur un produit de ce type est insuffisante pour pérenniser notre métier.
L’histoire se répète : la Hi-Fi, naguère domaine d’artisans et de passionnés, glisse vers un modèle globalisé où la distribution locale peine à survivre. Alors oui, The Times are changing… et ce DMP-A6 Master Edition Generation 2 en est l’illustration éclatante : un bijou technologique et musical, qui réjouit le mélomane mais attriste l’observateur attentif de l’écosystème Hi-Fi.
Addendum
Toutes les écoutes évoquées ci-dessus ont été menées dans deux configurations distinctes :
- une première fois en sortie directe, sans aucun réglage spécifique de l’Eversolo,
- puis une seconde fois en exploitant son système d’égalisation paramétrique et de filtrage FIR, avec une courbe personnalisée mise au point pour mon système et ma salle.
Il va sans dire que cette seconde approche révèle pleinement le potentiel du DMP-A6 Master Edition Gen 2. La possibilité d’affiner la réponse fréquentielle, d’adapter la restitution à l’acoustique de sa pièce, permet de dépasser le simple « plug & play » et d’atteindre une qualité d’écoute rarement égalée à ce niveau de prix.
Aussi, je conseille vivement à tous les possesseurs de cet appareil de prendre le temps d’effectuer ce travail de paramétrage. C’est en exploitant ces outils DSP que l’on profite au maximum des qualités intrinsèques de ce produit, et que l’on mesure l’avance qu’il possède encore sur nombre de concurrents.
Les Notes :
Fabrication : 16/20
Image : 15/20
Timbres : 16/20
Dynamique : 14/20
Transparence : 16/20
Naturel : 15/20 Qualité/Prix : 19/20
|
Les propos et les avis énoncés dans ce test n'engagent que l'auteur de ce test et en rien la société Opus 51. Les avis donnés ne concernent que le produit testé.