lundi, 17 août 2026 07:25

Solen Audio : la haute-fidélité française

Évaluer cet élément
(3 Votes)
Solen Audio

Créée en 1988 à Grenoble, Solen Audio fait partie de ces rares marques françaises qui développent encore leurs propres architectures électroniques et acoustiques.

Circlotron, Hybrid Enclosed Line, fabrication française : rencontre avec un constructeur qui préfère manifestement chercher sa propre voie plutôt que suivre celle des autres.

 

Dans le petit monde de la haute-fidélité, il existe des marques dont on connaît immédiatement le logo, le catalogue et parfois même le discours avant d'avoir écouté la première note. Et puis il y en a d'autres, plus discrètes, qui travaillent dans leur coin, développent leurs propres solutions techniques et semblent considérer qu'il est encore possible, en 2026, d'inventer quelque chose en audio.

Solen Audio appartient assez clairement à cette seconde catégorie.

Installée dans la région grenobloise, cette société française possède pourtant une histoire nettement plus longue qu'on pourrait l'imaginer.

2026 A7 4025

Une histoire qui commence en 1988

Solen est créée en 1988 avec une idée déjà assez précise : concevoir des appareils audio de qualité, abordables autant que possible, mais surtout originaux dans leur technologie comme dans leur esthétique.

Le premier représentant de cette philosophie est le Tigre B50, un amplificateur hybride associant une amplification à tubes et un étage de puissance à transistors bipolaires.

Quelques années plus tard apparaît le Solen B35, lui aussi hybride. L'appareil reçoit un Diapason d'Or en 1990, donnant rapidement une certaine visibilité à la jeune marque française.

En 1995 arrive le Couguar, évolution technique du B35.

Mais l'histoire de Solen prend ensuite une direction beaucoup moins conventionnelle.

De 1997 à 2011, la société met en sommeil son activité audio pour consacrer l'essentiel de ses recherches au développement de systèmes dans le domaine des radiofréquences. La haute-fidélité n'est cependant jamais totalement abandonnée et les recherches continuent en parallèle.

À partir de 2011 apparaissent ainsi les premières préséries d'une nouvelle génération d'amplificateurs utilisant notamment une architecture que Solen va progressivement placer au centre de ses travaux : le Circlotron.

Sortir des schémas classiques

La philosophie actuelle de Solen pourrait presque tenir en une phrase : ne pas se contenter d'améliorer indéfiniment ce qui existe déjà.

La marque explique vouloir explorer d'autres architectures plutôt que simplement optimiser les schémas traditionnels.

Et ce n'est pas uniquement une déclaration d'intention.

Sur les amplificateurs comme sur les enceintes, Solen développe effectivement des solutions assez inhabituelles dans la production Hi-Fi contemporaine.

Une démarche que je trouve personnellement intéressante. L'industrie audio n'a jamais manqué de beaux composants, de condensateurs ésotériques ou de châssis taillés dans des blocs d'aluminium suffisamment épais pour arrêter un obus. L'innovation véritable dans les architectures électroniques ou acoustiques est déjà beaucoup plus rare.

Chez Solen, elle constitue justement le point de départ.

2026 A7 4030

Le Circlotron : une vieille idée remise au goût du jour

L'une des particularités techniques les plus importantes de Solen se trouve dans ses amplificateurs.

La société utilise une architecture Circlotron, principe développé notamment par Electro-Voice dans les années 1950 puis relativement délaissé par l'industrie.

Plutôt que considérer cette technologie comme une curiosité historique, les ingénieurs de Solen l'ont reprise, étudiée et adaptée à leurs propres électroniques.

L'amplificateur CV40-el84 en est aujourd'hui probablement l'exemple le plus représentatif.

Cet amplificateur entièrement à tubes utilise un double push-pull d'EL84 fonctionnant selon cette architecture Circlotron. Solen annonce 40 watts sous 4 à 8 ohms, avec une alimentation haute tension régulée, une alimentation double mono et une polarisation automatique des tubes facilitant considérablement leur remplacement et leur maintenance.

L'intérêt théorique du Circlotron est notamment d'obtenir une faible impédance de sortie, un paramètre particulièrement intéressant avec des tubes lorsqu'il s'agit de contrôler correctement une enceinte.

L'objectif revendiqué n'est donc pas de fabriquer un amplificateur à tubes caricaturalement chaleureux, rond et délicieusement flou.

Il est au contraire de conserver la finesse des tubes tout en recherchant de la vitesse, de la dynamique et du contrôle.

Autrement dit : garder le charme sans obligatoirement conserver les défauts.

2026 A7 4032

Le CV20-N : tubes et numérique dans le même appareil

Autre illustration assez révélatrice de cette absence de dogmatisme : l'amplificateur/DAC CV20-N.

Nous sommes ici devant un amplificateur intégré utilisant également des EL84 et l'architecture Circlotron, mais auquel Solen ajoute directement un DAC développé en interne.

L'appareil dispose d'entrées coaxiale, optique, USB ainsi que de deux entrées analogiques, avec possibilité d'intégrer en option un module Raspberry destiné au streaming.

La conversion courant-tension et le filtrage du DAC font notamment appel à un transformateur audio.

Le CV20-N développe environ 18 watts efficaces et montre assez bien l'approche de Solen : tubes, numérique et streaming ne sont pas considérés comme des chapelles ennemies mais simplement comme différents outils permettant de reproduire de la musique.

Une évidence ? Sans doute.

Dans le monde audiophile, les évidences ont parfois besoin de quelques décennies avant d'être admises.

Hybrid Enclosed Line : Solen s'attaque aussi aux enceintes

Solen ne s'est pas contenté de développer des électroniques.

La marque a également imaginé sa propre technologie de charge acoustique pour ses enceintes : la Hybrid Enclosed Line, ou HEL.

Le principe diffère d'un bass-reflex traditionnel mais également d'une ligne quart d'onde.

Dans une enceinte Hybrid Enclosed Line, le haut-parleur de grave est associé à une ligne acoustique très courte. Une fente placée entre cette ligne et le dos du haut-parleur assure l'accord acoustique dans les basses fréquences.

Solen cherche ainsi à combiner plusieurs avantages : rendement dans le grave, faible encombrement et surtout amélioration du comportement transitoire en limitant les phénomènes de traînage habituellement associés aux systèmes accordés.

Les résonances résiduelles de la ligne sont repoussées au-dessus de 450 Hz puis absorbées à l'intérieur de la charge. Le procédé HEL a été déposé par Frédéric Gautier et Daniel Galazzo.

2026 A7 4064

HELya : enceinte petite mais pas timide

La petite HELya illustre particulièrement bien cette technologie.

Sa face avant est plus petite qu'une feuille A4 : seulement 28 cm de haut pour 17 cm de large, pour une profondeur de 31 cm.

Malgré ces dimensions, Solen annonce une réponse descendant à 45 Hz, un rendement de 89 dB et une impédance nominale de 4 ohms.

L'enceinte utilise par ailleurs une construction particulièrement originale mêlant acier, caoutchouc et aluminium, avec une face avant fraisée dans l'aluminium puis anodisée.

Elle est usinée et assemblée en France.

Au-delà des chiffres, c'est encore une fois la démarche qui nous intéresse : ne pas essayer de faire descendre artificiellement une petite enceinte à grands coups d'accord bass-reflex spectaculaire, mais rechercher une autre manière de gérer l'énergie du haut-parleur.

Une fabrication réellement française

Le terme « Made in France » est parfois suffisamment élastique pour mériter quelques précisions.

Solen indique que ses amplificateurs et ses enceintes sont "fabriqués en France".

Les pièces de tôlerie sont usinées en France, les transformateurs d'alimentation et de sortie spécifiques aux circuits Circlotron sont bobinés selon les spécifications de Solen, et les amplificateurs sont assemblés à Grenoble.

Nous sommes donc assez loin du produit entièrement conçu et fabriqué en Asie auquel on aurait simplement ajouté une façade et un autocollant tricolore avant de lui apprendre La Marseillaise.

Et cela mérite d'être souligné.

Une petite marque dans un marché devenu très industriel

Solen n'est évidemment pas un géant mondial de la haute-fidélité.

Et c'est probablement justement ce qui rend la marque intéressante.

À une époque où de nombreux appareils reposent sur des plateformes techniques communes et où quelques grands sous-traitants sont capables de fabriquer presque tout pour presque tout le monde, une petite société qui prend encore le risque de développer ses propres schémas électroniques et ses propres charges acoustiques possède nécessairement quelque chose de différent à raconter.

Cela ne signifie évidemment pas qu'une architecture originale soit automatiquement meilleure.

En haute-fidélité, seul le résultat musical finit par avoir raison.

Mais avant même l'écoute, j'apprécie déjà chez Solen cette volonté de chercher ailleurs.

2026 DSC04512

Et finalement, la musique

Car la technologie n'est intéressante que lorsqu'on finit par l'oublier.

Un Circlotron peut être intellectuellement passionnant. Une Hybrid Enclosed Line peut fournir quelques jolies courbes à commenter entre audiophiles devant un café.

Mais lorsqu'on lance un disque de Bach, de Mahler, Bill Evans ou Pink Floyd, tout ce petit monde d'impédances, de transformateurs et de réponses impulsionnelles doit normalement avoir la délicatesse de disparaître.

Il ne doit rester que des musiciens, un espace, des timbres et une interprétation.

C'est précisément dans cette perspective que nous avons souhaité nous intéresser davantage à Solen Audio chez Opus 51.

Une entreprise française discrète, parfois atypique, techniquement curieuse et suffisamment indépendante pour considérer que, même après plus de soixante-dix ans de haute-fidélité moderne, tout n'a peut-être pas encore été inventé.

Et rien que pour cela, elle mérite que l'on tende l'oreille.

Le Coin Technique

Circlotron : une architecture symétrique très particulière

Le Circlotron est une topologie d’amplification symétrique apparue dans les années 1950. Contrairement à un push-pull classique, où les deux branches de puissance travaillent autour d’une alimentation commune référencée à la masse, le Circlotron utilise deux alimentations flottantes indépendantes associées à deux branches de puissance parfaitement symétriques.

Le signal de sortie est prélevé entre ces deux branches, et non entre une branche active et la masse. C’est cette organisation « en boucle » qui a donné son nom au Circlotron.

Dans un amplificateur à tubes, cette architecture présente plusieurs intérêts. Elle permet notamment de faire travailler les tubes de sortie dans des conditions très équilibrées et de bénéficier d’une impédance de sortie plus faible qu’avec certaines topologies conventionnelles. L’amplificateur peut ainsi mieux maîtriser les variations d’impédance de l’enceinte et contrôler plus fermement les déplacements des haut-parleurs.

Le Circlotron se distingue également par une excellente symétrie électrique : lorsque les deux moitiés du circuit sont correctement appairées, une partie des distorsions produites par une branche est naturellement compensée par l’autre. Cette caractéristique contribue à limiter certaines distorsions paires et à améliorer la linéarité générale de l’étage de puissance.

Autre particularité : dans certaines réalisations, le transformateur de sortie peut être utilisé dans des conditions plus favorables qu'avec un montage push-pull traditionnel, notamment grâce à la manière dont le courant circule dans les deux branches symétriques.

En contrepartie, le Circlotron est plus complexe à alimenter et à mettre au point. Il impose plusieurs alimentations flottantes soigneusement isolées, un bon équilibre entre les deux branches et une conception rigoureuse du circuit de polarisation. Ce n’est donc pas une solution choisie pour simplifier la fabrication.

Ce que cela peut apporter à l’écoute

Sans prétendre qu’une topologie possède à elle seule une « signature sonore », les qualités recherchées avec un Circlotron sont assez claires : faible impédance de sortie, bonne capacité en courant, contrôle des haut-parleurs, symétrie et faible distorsion.

Appliqué aux tubes, le principe permet donc de rechercher une restitution conservant leur finesse et leur richesse harmonique tout en évitant l’image parfois caricaturale d’un amplificateur à tubes systématiquement doux, rond ou peu ferme dans le grave.

Chez Solen Audio, le Circlotron n’est donc pas un argument exotique ajouté à la fiche technique : il constitue réellement l’un des principes fondamentaux autour desquels sont conçus plusieurs amplificateurs de la marque.

 

 

 

Lu 99 fois
Plus dans cette catégorie : « Vacances d'été : l'heure approche

Laissez un commentaire

Vérifiez à bien remplir les champs requis dans le formulaire signalés par (*).
Afin d'éviter le captcha lors de votre prochain post d'un commentaire, nous vous conseillons de vous connecter sur notre site : http://www.opus51.fr/connexion


Afin d'éviter le captcha, nous vous conseillons de vous connecter au blog via : http://www.opus51.fr/connexion