Aujourd'hui, je n'ai pas choisi un disque récent ni une démonstration audiophile enregistrée avec trois microphones dans une chapelle scandinave. J'ai simplement eu envie de revenir vers l'un des albums qui m'accompagnent depuis plus de cinquante ans : Tales from Topographic Oceans, publié par Yes en décembre 1973.
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Je l'écoute à travers un Innuos Stream 1 équipé de la carte DAC Performance, associé au Luxman L-505Z, alimentant les remarquables Kerr Acoustic K300, épaulées par un Velodyne dans les toutes premières octaves. L'ensemble est relié par les câbles Albedo Silver Monolith Reference, un système qui ne cherche pas à faire son numéro mais simplement à laisser la musique s'exprimer.
Et quelle musique...
Depuis toujours, le rock progressif occupe une place particulière dans ma discothèque. Pink Floyd, Genesis, Marillion, The Flower Kings, Camel, King Crimson... Autant de groupes qui ont refusé les formats imposés par l'industrie pour privilégier l'imagination, la narration et la liberté. Yes fait naturellement partie de cette famille, mais avec Tales from Topographic Oceans, le groupe est allé encore plus loin que les autres.
Beaucoup trop loin, diront certains.

Un disque qui divise depuis plus de cinquante ans
Rarement un album aura autant fait parler de lui.
Pour les uns, c'est le sommet absolu du rock progressif, une œuvre monumentale, mystique, presque hors du temps.
Pour les autres, c'est un disque interminable, prétentieux et parfois inutilement bavard.
La vérité se trouve probablement quelque part entre les deux.
Quatre morceaux de plus de vingt minutes chacun, inspirés des textes sacrés hindous, sans véritable refrain, sans concession commerciale... En 1973, il fallait une sacrée confiance pour sortir un projet pareil. Aujourd'hui encore, peu d'artistes oseraient tenter une aventure de cette ampleur.
L'album que l'on apprend à écouter
Tales from Topographic Oceans n'est pas un disque que l'on apprivoise dès la première écoute.
Je ne l'ai pas compris immédiatement lorsque je l'ai découvert dans les années 1970.
À vingt ans, on attend souvent qu'un album nous accroche tout de suite. Avec le temps, on accepte davantage que certaines œuvres demandent un peu de patience. Elles se dévoilent doucement, presque naturellement.
C'est exactement le cas ici.
À chaque nouvelle écoute apparaissent des lignes de basse oubliées, un contrechant de Steve Howe, une intervention discrète des claviers de Rick Wakeman ou un détail de percussion que l'on n'avait jamais remarqué.
Les grandes œuvres ont cette qualité rare : elles continuent à surprendre même quand on pense les connaître par cœur.

Pourquoi cet album fascine l'audiophile
Derrière son statut de monument progressif se cache aussi un formidable outil d'évaluation.
Sur une chaîne hifi moyenne, on ressent rapidement une certaine confusion.
Les plans sonores se mélangent.
Les voix semblent flotter sans véritable place.
La basse perd son articulation.
Les cymbales deviennent envahissantes.
Mais quand un système est vraiment bien équilibré, tout change.
Chris Squire retrouve cette basse incroyablement vivante, profonde mais jamais gonflée.
Les guitares acoustiques de Steve Howe prennent une texture presque palpable.
Les claviers respirent.
Les percussions trouvent leur espace.
La scène sonore s'étend largement derrière les enceintes.
On arrête d'écouter une chaîne Hi-Fi pour suivre des musiciens.
C'est exactement ce qui se passe ce matin dans le salon Rouge d'Opus 51. Les Kerr K300 dessinent une scène sonore d'une stabilité remarquable, tandis que le Luxman L-505Z apporte cette élégance qui le caractérise : jamais démonstratif, toujours juste. Le Stream 1 de Innuos, lui, sait se faire oublier pour ne laisser place qu'à la musique. Le Velodyne ne cherche pas à impressionner ; il apporte simplement le soutien nécessaire lorsque les morceaux le demandent.
Steven Wilson : le restaurateur plus que le remixeur
En 2016, Steven Wilson entreprend le remix complet de l'album.
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Steven Wilson : l'orfèvre des bandes analogiques S'il est connu des amateurs de rock progressif comme le fondateur de Porcupine Tree, Steven Wilson est également devenu, depuis une quinzaine d'années, l'un des plus talentueux ingénieurs de remix au monde. Son approche est à l'opposé de la surenchère technique : il ne cherche ni à moderniser artificiellement les albums ni à les rendre plus spectaculaires. Son travail consiste à repartir des bandes multipistes originales, souvent analogiques, pour reconstruire un mixage plus transparent, plus équilibré et plus fidèle à l'intention des musiciens, tout en profitant des outils numériques actuels. Les résultats obtenus sur les catalogues de King Crimson, Jethro Tull, Emerson, Lake & Palmer, Gentle Giant, Tears for Fears, Roxy Music, Chicago, Yes ou encore XTC font aujourd'hui figure de références. Nombre de ces remix sont devenus les éditions privilégiées des mélomanes comme des audiophiles. Le remix de Tales from Topographic Oceans, publié en 2016, illustre parfaitement cette philosophie. Steven Wilson ne réinvente pas l'album : il en retire simplement le voile accumulé par les contraintes techniques de l'époque. Les instruments respirent davantage, la scène sonore gagne en profondeur et en stabilité, tandis que la musique conserve toute sa personnalité. Un exercice d'équilibriste dont peu d'ingénieurs du son sont aujourd'hui capables. |
Le résultat mérite vraiment l'attention des audiophiles.
Contrairement à certaines rééditions qui confondent modernisation et démonstration technique, Wilson choisit une approche respectueuse.
Il ne transforme pas Tales from Topographic Oceans.
Il enlève simplement le voile qui recouvrait parfois l'enregistrement original.
La différence peut être impressionnante.
Les voix gagnent en naturel.
La basse devient plus lisible.
Les différentes couches instrumentales cessent de se marcher dessus.
La profondeur de la scène sonore progresse nettement.
L'image stéréo gagne en stabilité.
Tout semble plus vivant.
Ce remix ne retire rien à l'âme de l'œuvre ; il permet simplement de mieux apprécier l'immense travail réalisé en studio par Eddie Offord et les musiciens de Yes
Un disque pour tester... mais surtout pour rêver
On a parfois tendance, dans le monde audiophile, à utiliser les disques uniquement pour vérifier un grave, une image stéréo ou une dynamique.
C'est dommage.
La Hi-Fi n'est pas là pour impressionner les visiteurs.
Elle est là pour créer des émotions.
Et Tales from Topographic Oceans fait justement partie de ces albums qui nous rappellent pourquoi nous avons consacré autant de temps, d'argent et d'énergie à nos systèmes.
Quand tout fonctionne, quand le café est encore chaud, que la pièce est calme et que l'on oublie les tracas du quotidien, il ne reste plus que la musique.
Et finalement, c'est tout ce qui compte.
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À écouter absolument Si vous découvrez Tales from Topographic Oceans ou si vous possédez le remix de Steven Wilson, voici quelques passages qui permettent d'apprécier à la fois l'immense richesse de cette œuvre... et les qualités d'une véritable chaîne haute fidélité. The Revealing Science of God (0'00 – 6'30) Les premières minutes donnent immédiatement le ton. Les voix de Jon Anderson et Chris Squire s'élèvent dans une scène sonore d'une remarquable ampleur tandis que les claviers, les guitares acoustiques et les percussions prennent progressivement possession de l'espace. Une excellente séquence pour juger de la largeur de scène, de la stabilité des voix et de la capacité d'un système à séparer chaque ligne musicale. The Remembering (High the Memory) (7'00 – 13'00) Sans doute la partie la plus contemplative de l'album. Steve Howe y déploie toute la finesse de son jeu acoustique, accompagné d'un tapis de claviers d'une grande délicatesse. Une installation équilibrée doit restituer la texture des cordes, les réverbérations naturelles et les nombreux micro-détails sans jamais tomber dans l'analyse froide. The Ancient (Giants Under the Sun) (10'30 – 15'30) Probablement la plage la plus déroutante de l'album. Percussions, effets sonores, ruptures rythmiques et interventions de Chris Squire mettent rapidement en difficulté les électroniques les moins rigoureuses. Si votre système conserve sa cohérence et sa lisibilité dans cette véritable jungle sonore, c'est qu'il possède déjà de très solides qualités. Ritual (Nous Sommes du Soleil) (14'00 jusqu'à la fin) L'immense conclusion de l'album est un véritable banc d'essai. Les percussions explosent, les chœurs prennent de l'ampleur, la basse de Chris Squire devient souveraine tandis que l'ensemble atteint une puissance impressionnante sans jamais sacrifier la lisibilité. Sur une grande chaîne, on ne ressent ni agressivité ni saturation : seulement une formidable montée en tension qui conduit à l'un des plus beaux finales de toute la discographie de Yes. Le détail qui ne trompe pas N'écoutez pas seulement les instruments principaux. Portez votre attention aux nombreux petits événements qui apparaissent en arrière-plan : une guitare discrète de Steve Howe, une percussion presque imperceptible, une respiration de Jon Anderson ou une ligne de basse qui surgit soudainement au milieu du mixage. C'est précisément dans cette infinité de détails que le remix de Steven Wilson révèle tout son talent... et qu'une véritable chaîne haute fidélité démontre sa capacité à transformer une écoute en véritable immersion musicale. |
Plus de cinquante ans plus tard...
Je comprends parfaitement ceux qui préfèrent l'album de Yes Close to the Edge.
Je comprends aussi les amateurs de Relayer, probablement encore plus audacieux.
Mais il y a quelque chose d'unique dans Tales from Topographic Oceans.
Une liberté créative devenue presque inimaginable aujourd'hui.
Une ambition qui dépasse largement le simple cadre du rock.
Une invitation à ralentir, à écouter, à prendre son temps.
À une époque où la musique se consomme parfois en extraits de quinze secondes sur un téléphone, s'installer un dimanche matin devant un album de plus de quatre-vingts minutes relève presque d'un petit acte de résistance.
Et quel plaisir de résister.
Si vous avez le remix de Steven Wilson de 2016, prenez le temps de l'écouter en entier. Faites-vous un bon café. Posez votre téléphone. Installez-vous tranquillement devant votre système Hi-Fi.
Vous ne découvrirez peut-être pas le meilleur album de Yes.
Mais vous trouverez sans doute l'un des plus beaux voyages musicaux jamais enregistrés.
Et au fond, n'est-ce pas exactement ce que nous cherchons lorsque nous parlons de haute fidélité ?
Conclusion
À soixante ans passés, après plusieurs décennies passées à écouter, comparer et parfois démonter des appareils Hi-Fi, je pensais qu'il devenait difficile d'être encore surpris.
Et pourtant, ce dimanche matin de juillet, devant une tasse de café dont les arômes se mêlaient aux premières mesures de The Revealing Science of God, j'ai retrouvé cette émotion si particulière qui m'avait saisi adolescent.
La haute fidélité ne consiste finalement pas à entendre davantage de détails ; elle consiste à retrouver intacte notre capacité d'émerveillement.
Si un disque de plus de cinquante ans est encore capable de provoquer cela, c'est qu'il appartient décidément à la catégorie très fermée des chefs-d'œuvre.
