
Présentation de Revival Audio et de l’Atalante 4
Revival Audio est une marque française toute jeune dans les registres du commerce (2021), mais pilotée par des gens qui n’ont plus grand-chose à prouver dans l’industrie. On pense évidemment à Daniel Emonts, ingénieur passé par plusieurs grandes maisons européennes, et à Jacky Lee pour la partie stratégie et développement.
La gamme Atalante en est le vaisseau amiral. L’Atalante 4 occupe une place intéressante dans cette famille : plus logeable que l’imposante Atalante 5, plus ambitieuse qu’une simple colonne d’entrée de gamme, elle vise ces pièces de vie de taille “normale” où l’on souhaite malgré tout retrouver une vraie sensation d’orchestre et de respiration.
L’enceinte est conçue et fabriquée en France, en Alsace, et habillée par le studio franco-japonais A+A Cooren dans un style néo-rétro très maîtrisé : placage de noyer, lignes sobres, grilles en tissu, quelques détails qui évoquent davantage le mobilier design que le produit purement technique.
En résumé : derrière le discours marketing sur “l’émotion” et “la musique avant tout”, on sent surtout une volonté assez claire de proposer une enceinte haut de gamme mais pas intimidante, à la fois pour les yeux et pour les oreilles.

Caractéristiques techniques & design
Face à l’Atalante 4, on n’est pas dans le registre de la colonne mince comme une top model de la Paris Fashion Week. La stature est réelle : un bon mètre vingt de hauteur, une largeur confortable, une profondeur qui assume la présence de deux 18 cm en façade. Pourtant, grâce au dessin équilibré et au socle bien proportionné, l’ensemble reste élégant dans un salon “civilisé”.
Le coffret, en véritable placage de noyer, dégage cette impression rassurante de solidité tranquille. Pas de courbes extravagantes, pas de glossy screaming, mais une ébénisterie sérieuse, bien finie, qui ne cherche pas à faire plus jeune que son âge. La grille textile, avec son motif travaillé, renforce ce côté légèrement vintage sans tomber dans le pastiche.
Sur le plan acoustique, Revival Audio a opté pour une architecture trois voies classique, mais articulée autour de technologies maison :
Tweeter :
- Dôme souple de 28 mm : Technologie ARID (Anti Reflection Inner Dome) avec grande chambre arrière et fréquence de résonance abaissée vers 650 Hz pour limiter les résonances parasites et obtenir un aigu propre, peu agressif.
Médium :
- 13,5 cm à membrane BSC (Basalt Sandwich Construction), matériau composite à base de basalte, censé conjuguer rigidité, amortissement et neutralité des timbres.
Grave :
- Deux woofers de 18 cm, eux aussi en sandwich basalte, chargés en bass-reflex via un évent arrière, pour assurer l’assise dans les pièces de 30 à 60 m².

Quelques chiffres pour situer le personnage :
- Bande passante : 38 Hz – 22/26 kHz (±3 dB selon les sources)
- Sensibilité : 89 dB / 2,83 V / 1 m
- Impédance nominale : 4 Ω (min. ~3,2 Ω)
- Fréquences de coupure : 550 Hz et 3 kHz
- Dimensions : 1200 × 345 × 395 mm
- Poids : 38 kg pièce
En clair : une vraie colonne sérieuse, pas monstrueuse, qui réclame un ampli stable sous 4 ohms mais ne demande pas non plus un centrale nucléaire pour s’exprimer.
Prix indicatif : 4 100 € TTC la paire au 1ᵉʳ décembre 2025.
Lien Boutique Web : https://www.opus51.net/opus-51-enceintes/revival-audio-atalante-4-la-paire.html
Conditions de test
Les écoutes ont été réalisées principalement dans le salon rouge, une pièce d’environ 25 m² pour un volume proche de 90-100 m³, avec un recul à l’écoute de 3 mètres.
Les Atalante 4 étaient :
- légèrement dégagées des murs latéraux (70 à 80 cm)
- placées à un peu plus d’un mètre du mur arrière
- très peu pincées vers le point d’écoute, ce qui semble leur convenir pour préserver une scène large sans resserrer artificiellement le centre.
Côté partenaires, plusieurs associations se sont succédé, mais une configuration a servi de référence au moment d’écrire ce test :
- Source dématérialisée : InnuOS Stream1 + alimentation PLS1 (lecture CD rippés et fichiers hi-res PCM / DSDet QOBUZ)
- Convertisseur / lecture numérique : InnuOS Performance (Stream 1), Luxman D-03R, Merasson Reuss
- Amplification : Denon PMA-3000NE, Luxman L-505Z, Roksan Caspian 4G (histoire de confronter l’Atalante 4 à deux esthétiques différentes : japonaise élégante, japonaise légèrement musclée et neutralité british, pour simplifier.)
- Câblage : câbles HP et modulation de gamme sérieuse, neutres, déjà largement éprouvés au magasin (dont les Albedo Silver Monolith, désormais réguliers de la maison).
Une configuration réaliste pour un client qui viserait ce niveau d’enceintes, et suffisamment transparente pour laisser apparaître la personnalité des Revival Audio.
Les écoutes
Il y a des matins d'hiver où la radio déverse son lot habituel de réjouissances : invasion programmée du Groenland, frappes en Iran, effondrement tranquille de l'État de droit aux États-Unis. Le quotidien, quoi.
Dans le salon rouge, la seule crise qui mérite vraiment qu'on s'y attarde vient d'un mug de café qui se vide dangereusement. Le reste du monde et son petit théâtre géopolitique attendront bien ; l'Atalante 4, elle, a rendez-vous avec quelques disques.
Parce qu'au fond, entre les dérives autocratiques transatlantiques et les tensions moyen-orientales, autant se réfugier là où l'humanité a encore du sens : dans une scène sonore parfaitement construite et une médiane sans hystérie.

"Pro Pacem"
Artistes principaux : La Capella Reial de Catalunya - Hespèrion XXI - Montserrat Figueras - Jordi Savall
Paru le 05/11/2012 chez Alia Vox
Genre : Classique

Pour juger des timbres et de l’image stéréo d’un système, il y a les disques “tests”, très propres, très démonstratifs… et puis il y a les enregistrements de Jordi Savall, qui réussissent à être somptueux sans jamais perdre leur humanité.
Pro Pacem fait partie de ceux-là.
L’album propose un voyage musical d’une ampleur rare, du chant grégorien aux pages contemporaines d’Arvo Pärt, en passant par des polyphonies anciennes et des pièces méditatives où le temps semble suspendu. C’est un terrain de jeu idéal pour les Revival Audio Atalante 4 :
- une grande diversité de formations,
- des voix solistes et chorales,
- des acoustiques généreuses,
- et cette prise de son Alia Vox, à la fois flamboyante et très naturelle.
Dès les premiers chants, les Revival Audio Atalante 4 montrent à quel point elles sont à l’aise dès qu’il est question de timbres.
La voix de Montserrat Figueras s’installe au centre de la scène, légèrement en avant, avec une présence presque tactile : on perçoit le grain de la voix, le souffle, les inflexions, sans que cela ne tourne jamais à l’autopsie sonore. Le médium des Revival Audio Atalante 4 est plein, habité, mais jamais empâté ; la chanteuse a du corps, pas un simple contour lumineux sur fond vide.
Le chœur, quand il entre, profite pleinement des qualités de continuité de registre de l’enceinte :
les voix graves ne s’alourdissent pas, les voix aiguës ne deviennent pas acides, l’ensemble reste homogène. On passe du unisson grégorien aux polyphonies plus complexes sans accident de raccord : les Atalante 4 ne découpent pas la musique, elles la laissent respirer.
L’espace sonore est un autre domaine où ces colonnes se sentent visiblement en terrain conquis.
La scène s’ouvre largement au-delà des enceintes, avec une profondeur très lisible :
- le soliste devant,
- le chœur en retrait,
- l’acoustique de la nef qui vient se déployer derrière eux.
Les réverbérations sont magnifiquement rendues : on suit le déclin des notes jusqu’au silence, sans tassement ni raccourci. On a vraiment la sensation d’un volume, d’un lieu, pas d’une simple “réverb” plaquée sur un mix.
À bas niveau d’écoute, la Revival Audio Atalante 4 garde une cohérence exemplaire : les voix ne s’affinent pas jusqu’à disparaître, le grave reste présent juste ce qu’il faut pour ancrer l’ensemble, et les micro-variations de dynamique restent perceptibles. C’est typiquement le genre d’album que l’on peut écouter tard le soir, sans monter le volume, tout en gardant l’émotion intacte.
Sur les pages d’Arvo Pärt, où la tension repose souvent sur des silences, des suspensions et des tenues très longues, les Revival Audio Atalante 4 confirment leur talent pour la gestion du temps et du silence : le fond est noir, les attaques ne bavent pas, et la moindre entrée d’instrument ou de voix prend naturellement sa place dans l’espace, sans effet de projecteur artificiel.
Au final, Pro Pacem confirme deux points essentiels du caractère des Revival Audio Atalante 4 :
- elles savent respecter la couleur des voix et des instruments sans forcer le trait ;
- elles sont capables de recréer un espace crédible où la musique se déploie avec naturel.
On sort de cette écoute avec moins l’impression d’avoir “testé” une enceinte que d’avoir simplement profité d’un grand disque – ce qui, dans le fond, est peut-être le plus beau compliment qu’on puisse lui faire.

